Une forme héréditaire de déficience intellectuelle, causée par des mutations dans le gène SYNGAP1, perturbe les connections avec les neurones inhibiteurs

Graziella Di Cristo et Jacques Michaud

Graziella Di Cristo et Jacques Michaud

La déficience intellectuelle se caractérise par une déficience importante des fonctions cognitives et adaptatives et affecte 1 à 3 personnes sur 100 dans le monde. Il y a quelques années, des scientifiques du CHU Ste-Justine ont rapporté pour la première fois que des mutations génétiques du gène SYNGAP1 causaient une forme de déficience intellectuelle souvent associée à des troubles du spectre autistique et à l’épilepsie. Depuis, le séquençage de l’ADN de SYNGAP1 chez plusieurs groupes d’individus atteints de déficience intellectuelle au Canada, aux États-Unis et en Europe a révélé que les mutations pathogènes dans SYNGAP1 sont l’une des causes les plus fréquentes de déficience intellectuelle héréditaire.

SYNGAP1 régule la communication entre les cellules spécialisées du cerveau nommées neurones. Il existe deux principaux types de neurones, ceux qui excitent (ou activent) et ceux qui inhibent d’autres neurones. Récemment, des chercheurs du CHU Ste-Justine, en collaboration avec l’Université de Montréal, a découvert que des défectuosités dans SYNGAP1 modifient la formation des synapses, qui sont les structures spécialisées que les neurones utilisent pour communiquer, par des neurones inhibiteurs. Ces altérations des neurones inhibiteurs provoquent des déficits de mémoire et de comportement social.

Cette découverte, publiée dans Nature Communications, aide à expliquer les causes cellulaires de la déficience intellectuelle associée aux mutations de SYNGAP1, ce qui pourra guider l’identification de nouveaux médicaments pour les enfants touchés.

Cette étude a été menée par Graziella Di Cristo, une scientifique au Centre de recherche du CHU Ste-Justine et professeure agrégée de neurosciences à l’Université de Montréal, et Jacques Michaud, généticien, pédiatre et scientifique au CHU Ste-Justine et professeure de pédiatrie à l’Université de Montréal, en collaboration avec Jean-Claude Lacaille, professeur de neurosciences à l’Université de Montréal.

Basé sur la découverte que les mutations de SYNGAP1 modifient la communication inhibitrice, les laboratoires de CHU Ste-Justine se concentreront maintenant sur la recherche d’approches thérapeutiques visant à corriger ce type de synapses. En particulier, il sera essentiel de déterminer s’il est possible d’améliorer la déficience intellectuelle chez les adultes ou s’il sera nécessaire de commencer le traitement au début de la petite enfance pour avoir un effet positif.

Bien que les mutations dans SYNGAP1 ne soient responsables que d’un faible pourcentage des cas de déficience intellectuelle, de troubles liés au spectre autistique et d’épilepsie, il existe de fortes preuves que d’autres gènes associés à ces désordres affectent aussi le développement des synapses inhibitrices. Par conséquent, la recherche d’approches sûres pour restaurer la croissance et la fonction synaptique inhibitrice se présente comme une étape clé pour traiter cette famille de troubles neurologiques.

Article de recherche original:

Berryer MH, Chattopadhyaya B, Xing P, Riebe I, Bosoi C, Sanon N, Antoine-Bertrand J, Lévesque M, Avoli M, Hamdan FF, Carmant L, Lamarche-Vane N, Lacaille JC, Michaud JL, Di Cristo G. Decrease of SYNGAP1 in GABAergic cells impairs inhibitory synapse connectivity, synaptic inhibition and cognitive function. Nat Commun. 2016 Nov 9;7:13340. doi: 10.1038/ncomms13340.

Des postes de stagiaire post-doctoral et d’étudiant au PhD sont disponibles dans les laboratoires de Jacques Michaud et de Graziella Di Cristo pour des candidats motivés.  Veuillez envoyer votre CV, une lettre de motivation et le nom de 3 personnes contact à  jacques.michaud@recherche-ste-justine.qc.ca et graziella.dicristo@recherche-ste-justine.qc.ca